En cas d’urgence cardiaque, savoir rapidement où trouver un défibrillateur peut sauver des vies. En Belgique, les outils qui devraient le permettre ne sont ni exhaustifs, ni fiables, déplore la Ligue Cardiologique Belge.

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C’est à l’occasion d’un marché public pour acquérir des défibrillateurs pour la commune d’Ouffet dont elle est bourgmestre que Caroline Cassart s’est interrogée sur l’accessibilité de ces appareils qui peuvent être essentiels pour sauver des vies.

À l’occasion d’une question posée, avec sa casquette de député régionale cette fois, au ministre Coppieters sur les brevets de premiers secours (voir ci-dessous), l’élue MR évoque ainsi l’idée d’une cartographie des défibrillateurs accessibles au public sur le territoire wallon.

“Cela permettrait de voir s’il y a des zones blanches et on pourrait même envisager une application mobile qui permet de géolocaliser ces appareils en cas de besoin”, dit-elle.

En réalité, un tel outil existe déjà. Il s’agit de l’application “Reanim” de la Ligue cardiologique belge. Une app qui permet donc de géolocaliser les défibrillateurs automatiques externes (DEA) accessibles. Dossier clos ?

Non, car là où la député régionale a vu juste, c’est concernant les zones blanches et l’exhaustivité de la liste des appareils disponibles.

“Et là, on a un gros problème avec les défibrillateurs, indique Rik Vanhoof, le directeur général de la Ligue Cardiologique Belge. On a un inventaire des DEA qui émane du SPF Santé publique et sur lequel est basée notre application. Le problème c’est que cette liste n’est absolument pas à jour.”

Pas à l’endroit prévu ou inaccessibles

La Ligue s’est également adressée aux communes pour connaître le nombre et l’emplacement des DEA disponibles sur son territoire. Beaucoup (mais pas toutes) ont répondu. Avec un constat : les informations communiquées par les communes ne correspondent pas à celles de l’inventaire du SPF Santé…

“En Flandre, la VRT a récemment fait un reportage dans lequel on voyait qu’il n’y avait pas de DEA là où il aurait dû y en avoir un ou bien qu’il se trouvait dans un bâtiment non accessible en dehors d’horaires précis”, dit Rik Vanhoof. En France et aux Pays-Bas, par exemple, la localisation des DEA est bien plus efficace, note le directeur général de la Ligue Cardiologique Belge.

En Belgique, la compétence Santé entremêlée entre les Régions, la FWB et le Fédéral n’aide sans doute pas à mettre en place un outil cohérent. Comme le suggère Caroline Cassart, commencer par un inventaire complet des défibrillateurs disponibles au niveau des communes pourrait sans doute un premier pas dans la bonne direction.

Comment former plus de gens aux premiers secours ?

Chaque jour en Belgique, 30 arrêts cardiaques surviennent en dehors des hôpitaux. Et selon les chiffres de la Croix-Rouge, 4 Belges sur 10 ont déjà été confrontés à une situation d’urgence. C’est sur base de ce constat que la député Caroline Cassart a interrogé Yves Coppieters sur l’opportunité d’élargir l’accessibilité à la formation au Brevet européen des premiers secours (BEPS). Car, toujours selon la Croix-Rouge, seuls 25 % des Belges envisagent de se former aux gestes de premiers secours, dit la député. C’est trop peu. “Certains pays européens, notamment scandinaves, ont rendu la formation aux premiers secours obligatoire dans les établissements scolaires, dit-elle. En Fédération Wallonie-Bruxelles, les référentiels ont été adaptés mais la sensibilisation reste primordiale et essentielle et il me semble qu’à cet égard, la Wallonie doit également prendre ses responsabilités.”

Comment ? La député avance la piste des communes et CPAS qui pourraient promouvoir cette formation, y compris à l’usage des défibrillateurs automatiques externes.

L’idée est bonne, répond le ministre wallon en charge de la Santé. Et il compte la soumettre à son collègue en charge des Pouvoirs locaux, François Desquesnes, pour voir comment mettre cela en place. Mais il renvoie aussi la balle du côté de… la ministre de l’Éducation puisque c’est la Fédération Wallonie-Bruxelles qui est compétente en matière de formation.

Bref, avant d’aboutir à des actions concrètes, il va falloir que tous ces différents acteurs politiques et niveaux de pouvoirs se parlent, se coordonnent et s’entendent sur les moyens. On rappellera au passage que, en matière de premiers secours, chaque minute compte.